« Arrête Anna. », fit Tom en remettant son pantalon.
Lui et son équipage avaient décidé de se prendre quelques jours de vacances et pour cela, rien n'égalait Port Royal.
En effet, cette petite ville accueillait n'importe quel pirate et elle était bientôt devenue très célèbre dans ce milieu. Ici se trouvait riches hommes ou truands, des hommes à la recherche d'un bateau ou d'un capitaine, des prostituées aussi et c'était d'ailleurs les seules femmes admises sur l'île. Bref' on y trouvait de tout, n'importe où.
Pour Black Bart, autant dire que c'était une chouette ville et il s'y arrêtait chaque fois qu'il le pouvait.
En ce moment même, il était en charmante compagnie d'une jeune fille. Elle avait de long cheveux blonds et de grandes jambes, une poitrine à tomber par terre et des yeux, dont le brun vous éblouissait. C'était d'ailleurs la pute la plus chère de toute la ville. Et Tom était son client préféré : il savait y faire au lit.
« Tu ne veux pas rester un peu plus ?, dit-elle en étalant les longues jambes sur le lit.
- Non, je dois retrouver mes hommes, répondit-il sans même avoir remarqué son petit manège.
- C'est dommage. J'aurais tellement voulu te montrer les nouvelles choses que j'ai apprises.
- Les affaires sont les affaires ma jolie. Tiens, prends ça et ne dépense pas tout d'un coup. »
Tom balança sur les couvertures quelques pièces mais la belle refusa d'un signe de tête. Le Capitaine lui lança un regard rempli d'incompréhension puis haussa les épaules. Il récupéra son argent et s'enfuit par la porte sans même avoir dit au revoir.
Il était dans une sorte de bar. Plusieurs bagarres s'étaient engagées et certaines filles charmaient des hommes. D'autres encore étaient assis sagement sur une chaise, une bière à la main et observaient ce qui se passait sans broncher.
Tom descendit lentement tout en recherchant un de ses hommes. Il en remarqua un entouré de parépapéticiennes, en manque d'argent apparemment.
A première vue, on aurait pu croire que Black Bart était un corsaire anglais marchand mais il était tout autre.
Cela faisait maintenant 5 ans qu'il était pirate et qu'il bravait n'importe quelles mers, n'importe quels bateaux.
Il avait en effet adopté un style tout à fait bourgeois : gilet et pantalon de riche damas écarlate, plume rouge à son tricorne, autour du cou une chaine d'or avec une croix de diamants, deux paires de pistolets accrochés à l'extrémité d'une écharpe de soie portée sur les épaules et une épée au côté.
N'importe quel marin en le voyant aurait pu croire que c'était un brave homme, fidèle à ses principes et à ceux de la Reine Mère.
Néanmoins, il était devenu un pirate, seul maitre de ses manières et grand Père de ses hommes. Il imposait beaucoup de respect à bord de son navire et ne tolérait pas d'alcool, contrairement à certains autres capitaines, lorsqu'ils étaient en pleine mer. En fait il considérait que l'excès de boisson nuisait à l'efficacité.
Mais il était connu pour être un bon capitaine et gentilhomme.
« Adam », cria t-il tout en se dirigeant vers lui.
Le dit se tourna dans sa direction et se leva promptement en époussetant ses habits.
« Oui Capitaine.
- Je croyais t'avoir dit que ce n'était pas le moment pour ce genre de choses. Je ne suis pas venu ici pour batifoler moi, grogna t-il doucement tout en se grattant la main sans le regarder.
- Désolé monsieur, mais je vous ai vu monter avec Anna et je me suis dit que-
- Je suis le Capitaine. Mais là n'est pas la question : les ordres sont les ordres. Tache de les respecter la prochaine fois.
- Oui Capitaine », dit Adam en suivant son supérieur vers la sortie.
Une fois dehors, ils se dirigèrent vers La Fortune où d'autres personnes les attendaient. Elles jouaient aux cartes sur une espèce de caisson en bois et buvaient du rhum tout en poussant quelques exclamations lorsque l'une d'elle perdait.
« Vous l'avez Capitaine ?, lança l'un deux.
- Occupe-toi de jouer aux cartes pour l'instant. Non, appelle plutôt Edward et dis lui de venir dans mes quartiers.
- Bien Capitaine », répondit-il en jetant ses cartes.
L'homme en question partit en courant en direction du centre et laissa en plan ses compagnons, qui dans le même temps, soupirèrent de soulagement. A vrai dire, l'homme en question était en train de vider leurs poches.
Tom se dirigea enfin vers son bureau et posa sur la table quelques papiers froissés. Puis il se servit un verre de vin et s'assit en face de la table elle même.
Il attendait la venue d'Edward avant de commencer à lire ses fameux papiers. Rien que dans son regard, on pouvait voir qu'ils étaient importants et cela d'ailleurs lui donna un faible sourire.
Lorsqu'on frappa à la porte, le Capitaine émit un grognement et la personne entra.
« Je peux savoir où tu étais ?, demanda Tom avec une pointe d'agacement.
- Et bien, je-
- Je ne veux pas le savoir. Tu as fais ce que je t'avais demandé au moins ?
- Oui Monsieur.
- Bien. Tu en as trouvé combien ?
- Six Monsieur, et ce sont de bons matelots.
- Ils seront là quand ?
- Ils sont déjà là Monsieur.
- Bien bien.
- Vous les avez trouvés ?!, fit Edward en montrant d'un signe de tête les feuilles noircies.
- J'ai eu beaucoup de chance, répondit Tom avec dédain.
- Comment ?
- Une partie de poker avec un ivrogne. Il était tellement soûl que je n'ai pas eu de mal à les gagner.
- Je vois.
- Je t'attendais pour les analyser.
- Très bien. »
Edward s'assit doucement sur la chaise d'en face et attendit que son Capitaine daigne bouger.
Edward était le quartier maître du navire, c'est-à-dire le bras droit de Tom. C'était un homme beau, brun et fort. D'ailleurs, il allait souvent attirer les femmes sur les bateaux ennemis afin de prendre leur butin. Il était aussi très bon en matière d'épée. C'était quelqu'un de totalement sanguinaire et il aimait énormément les femmes.
Tom ouvrit enfin les papiers qui révélaient en fait une carte.
« C'est une terre inconnue ?, demanda Edward après un long blanc.
- Oui, mais à ce qu'il parait, elle regorge de richesses et d'après ce qu'on m'a dit, elle est vide de présence humaine.
- Ce n'est pas un peu trop facile Monsieur ?, questionna le quartier maitre avec inquiétude.
- Si, en effet, ça l'est un peu trop. Il faudra se méfier sur les mers : d'après la carte, il faudrait qu'on fasse un détour vers ses rochers afin d'éviter un trou noir. Et les eaux sont pleines de requins.
- Bien, je dirais à l'équipage de renforcer la coque du bateau avant de partir. »
Edward se gratta la nuque et n'avait toujours pas levé un ½il de la carte. Tom finit son verre et se resservit. Il eut alors un petit sourire en coin.
« Aurais-tu peur Edward ?, dit-il en buvant son verre.
- Moi Monsieur ?! Jamais !, cria Edward, offensé.
- Tu sembles un peu anxieux en regardant cette carte.
- Et bien, je me demandais si ce n'était pas un piège.
- De qui ?
- Du gouvernement anglais Monsieur. »
Tom haussa un sourcil et ria à gorge déployé par la suite.
« Bien sur que c'en est un », dit Tom tout en continuant de rire.
Edward ne répondit rien et regarda son supérieur en fronçant les sourcils. Son Capitaine serait-il devenu fou ?
« Alors pourquoi allons nous là bas ?
- Parce que, mon cher Edward, il se cache sur cette île des trésors dont tu n'as pas idée. De plus, si on y parvenait, ce serait une grande gloire pour nous : on aura défié le gouvernement anglais une fois de plus. »
Tom avait un de ces regards qui font froid dans le dos : on avait l'impression qu'il délirait complètement et Edward avala sa salive de travers. Il toussa fortement et regarda Tom. Il était à présent devenu normal même si cette lueur meurtrière traversait encore ses yeux. Mais Edward décela autre chose dans son regard.
« Vous ne dites pas tout Capitaine. Je me trompe ?, il sourit lentement en sachant très bien qu'il avait raison.
- En effet, il y a autre chose. »
Son sourire s'élargit et il interrogea de ses yeux son Capitaine.
« Et bien j'ai entendu dire que le gouvernement avait capturé un navire turc. Apparemment, ils n'ont pas trouvé d'or mais seulement une créature.
- Une créature ?!, fit Edward, incrédule.
- Oui. Et pas la plus moche à ce qu'il parait. C'est une personne dont on ne connaît ni le nom ni l'âge. Mais jamais personne n'avait vu telle beauté chez quelqu'un.
- C'est donc une femme.
- Vous êtes perspicace Edward, se moqua Tom.
- Je suppose que vous la voulez. »
C'était une affirmation. Black Bart a toujours été réputé pour se lancer souvent des défis que personne n'osait affronter. Néanmoins, Edward savait que lui et l'équipage le suivrait où qu'il aille. De toute façon, il avait affronté bien plus dur que cela et le fait d'avoir comme récompense une jolie fille ne le déplaisait pas pour autant.
Tom hocha de la tête en signe de confirmation et ferma ensuite les papiers.
« Nous partirons dans deux jours et pas un de plus, est-ce clair ?
- Oui Capitaine.
- Bien, tu peux prendre congé. Dis aux hommes qu'il faudra se mettre au travail demain matin.
- A vos ordres, Monsieur. »
Le quartier maître sortit alors, laissant seul son Capitaine.